Depuis des siècles, les Tziganes subissent en Europe des discriminations. Sous le régime nazi,
ils étaient exterminés dans les camps de concentration. Sous le régime
communiste dans les démocraties populaires, ils étaient forcés à se
sédentariser.
Ayant perdu leur emploi avec l'effondrement des coopératives et des usines d'Etat, mais aussi leur mobilité et leurs métiers traditionnels, ils se trouvent aujourd'hui, dans plusieurs pays d'Europe centrale et orientale, dans une situation de dénuement et de persécution latente ou
active. Il n'était pas nécessaire que la France ajoute sa pierre à cette lapidation collective.
Dans ce moment difficile, il me paraît important de témoigner de la moralité et de l'honneur des gens de voyage, à travers l'expérience de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie), qui finance et accompagne les personnes en difficulté dans la création de leur propre emploi. Près de 10 % de la clientèle de l'Adie, soit environ 1 500 personnes par an, sont des gens de voyage. Ils empruntent pour créer et développer toutes sortes de petites activités économiques : commerce ambulant, ramassage de la ferraille, élagage, bâtiment, restauration de rue, artisanat.
Ils remboursent scrupuleusement leurs prêts avec un taux de pertes inférieur à la moyenne, qui, au 31 décembre 2009 s'élevait à 2,21 %. Leur niveau d'éducation et de revenu étant souvent limité, l'immatriculation de leur activité pose un problème compliqué.
Beaucoup, ayant des revenus de travail indépendant inférieurs au seuil minimum, étaient censés payer des cotisations sociales pouvant
atteindre un taux de 96 % pour un revenu de 1 500 euros par an ! Il a fallu énormément d'efforts pour obtenir en 2007 un bouclier social limitant les cotisations à 48 % du revenu, relayé en 2009 par le régime
de l'auto-entrepreneur.
La situation en matière de travail informel est comparable à celle des campements. Pour appliquer la loi, il faut qu'elle soit applicable.
Qui est le vrai responsable des campements sauvages, ceux qui s'y installent, n'ayant pas d'autre choix, ou ceux qui ne respectent pas la loi imposant aux communes la création des aires d'accueil ?
La délinquance existe bien sûr dans la population des gens de voyage, comme elle existe dans toute communauté riche ou pauvre. Elle doit être punie. Mais est-il raisonnable d'envisager, alors que des milliards d'euros sont détournés chaque année vers les paradis fiscaux, de renforcer les contrôles sur les plus pauvres ?
Peut-on conduire vers des frontières qui n'existent plus au sein de l'Europe, ceux qu'on mélange allégrement sous le nom de Roms, en
oubliant, au passage, que la plupart sont français ? Est-il possible, enfin, dans les pays démocratiques de limiter la liberté de circulation à une catégorie de la population, quelle qu'elle soit ?
Maria Nowak
Présidente de l'Association pour le droit à l'initiative économique, publié dans l'édition du 25 août 2010 sur le site Le Monde
Prenez date: Journée Portes Ouvertes pour les bénévoles le 24 septembre
Vous avez du temps libre et souhaitez mettre à profit vos compétences pour accompagner les micro-entrepreneurs financés par l'Adie? Rendez-vous le 24 septembre !...
En savoir plus







partager l'adie